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3 principes-clefs pour réussir vos classes virtuelles

Avec la crise du COVID19, le digital fait flores ! Tout se digitalise : les séances de tribunal, la cuisine, les arts vivants … et bien sûr la formation ! Du jour au lendemain, les enseignants et les formateurs ont dû s’improviser formateurs digitaux, souvent sans directives précises, voire sans outils. Dans ce cas, on improvise : on fait avec ce que l’on connait déjà, on essaye de nouvelles choses avec les tuyaux des amis sur les réseaux sociaux … et on apprend en marchant ! Avec peine, avec beaucoup d’erreurs … mais on fait au mieux !

La star incontestée de cette formation en urgence fut sans aucun doute, la classe virtuelle. Au début, elle apparait ‘magique’ car elle permet de retrouver sa classe, ses groupes, comme si on y était encore ! Mais avec le recul, après ces quelques semaines d’emballement, pouvons-nous tirer quelques enseignements des expériences vécues ? Ces classes digitales sont-elles vraiment suffisantes ? Comment maintenir l’attention de chacun ? Où sont tous les signaux que capte le formateur lors d’une ‘vraie séance’ : les regards qui fuient, les mines dubitatives, l’ennui ? Comment savoir si ce qui a été donné a été véritablement capté, appris ? Nous avons fait quelque chose qui ressemble à un cours, certes, mais celui-ci a-t-il été réellement efficace ?

En fait, nous avons découvert à l’usage que ces outils ne sont pas ‘magiques’ : ce que nous faisons en classe n’est pas forcément transférable en l’état dans une classe virtuelle. Car dans une classe virtuelle, le contexte de chacun est différent, les dynamiques qui s’installent entre les participants aussi… C’est pourquoi, il nous faut repenser les modalités de formation, la place de chacun dans le dispositif, les trajectoires. Ainsi, l’usage de la classe virtuelle réinterroge de façon substantielle nos pratiques et nous oblige à repenser ‘pédagogie’ ! Ce qui est en soi une bonne nouvelle !

Voici trois principes-clefs à réinterroger en priorité pour réussir votre intégration de classes virtuelles :

Principe 1 : Une classe virtuelle ne peut être comprise que dans le cadre « d’un dispositif » de formation

 

Quand on y repense de façon posée, on sait tous qu’enseigner ce n’est pas juste ‘faire cours’. Le cours a sa légitimité, importante certes, mais seulement dans un « dispositif » !  Une classe virtuelle n’est pas un événement pédagogique autosuffisant. Pour être utile, elle doit faire partie d’un ensemble composé de parties très différentes. Et c’est l’ensemble de ces parties, articulées de façon cohérente qui fera « pédagogie ».

Dans quel maillon de la chaîne pédagogique votre classe virtuelle prend-elle place ?

Pensez à votre classe virtuelle et demandez-vous quel est le statut particulier de ‘cette’ classe, dans l’ensemble de votre parcours pédagogique ? A quoi sert-elle ?  Qu’y a-t-il eu avant ? Qu’y aura-t-il après ?  A quelle fréquence, vos diverses classes seront-elles programmées ? 

Apprendre est un processus cognitif complexe qui engage des processus motivationnels, mémoriels, rationnels et volitifs. Il y faut de l’échange, du vouloir, du faire, du pouvoir-faire, de la récompense, du droit à l’erreur. Il y faut de la médiation, de l’assimilation, de l’évaluation, du réinvestissement dans le réel. La psychologie cognitive et aujourd’hui les neurosciences étudient tout cela dans toutes leurs dimensions, de façon très savante mais souvent jargonneuse – ce qui peut expliquer pourquoi, nous nous y intéressons moins que cela serait nécessaire !   Et pourtant il s’agit bien d’une réalité ! Un parcours pédagogique ne peut être un vrai dispositif de formation que s’il investit de façon cohérente, l’ensemble de ces besoins. Sinon, nous restons dans un service incomplet : nos dispensons des connaissances mais nous ne permettons pas réellement à nos apprenants d’apprendre ! Nous faisons du broadcasting, de la transmission mais pas de la formation !   

Un processus pédagogique complet doit satisfaire plusieurs niveaux d’exigence

Et chacun intervient en complémentarité des autres.

 C’est pourquoi, afin de le construire, interrogeons-nous :

  • Au niveau de la motivation: dans mon dispositif, comment est maintenue la motivation intrinsèque mais aussi extrinsèque de mes apprenants ? Comment savons-nous s’ils sont capables de donner du sens à ce qu’ils vont apprendre ?  Que viennent-ils chercher ? comment sont-ils encouragés à participer ? Comment sont-ils récompensés ?
  • Au niveau de l’acquisition de nouvelles connaissances: comment celles-ci sont-elles distribuées ? De façon transmissive, passive, à l’oral, à l’écrit ? L’apprenant est-il actif dans ce processus ?  Si oui, les sources trouvées sont-elles validées, à jour ?
  • Au niveau de l’assimilation: que fournit votre dispositif à l’apprenant pour digérer ces nouveaux apprentissages, les peser avec ce qu’il sait déjà, les faire siens, leur trouver une place juste dans son architecture personnelle de connaissances ?   
  • Au niveau de la validation des connaissances: comment votre apprenant sait-il que ce qu’il a compris est juste, vrai, fiable ? Qu’il peut désormais s’en servir de façon appropriée ? Qui le lui dit ? Comment le mesurez-vous ?
  • Au niveau du réinvestissement dans l’action: quels gestes, quels comportements, quelles activités attendez-vous en réponse à votre formation ? Votre dispositif permet-il de les tester dans un contexte aussi proche du réel que possible ? 

Décidez du statut spécifique que vous désirez assigner à votre classe virtuelle

Vous le voyez, aucune classe virtuelle, même la mieux réalisée soit-elle, ne peut à elle seule remplir tous ces objectifs. Il faut donc vous poser deux questions importantes à ce stade :

  1. Quels objectifs de cette liste, allez-vous assigner à votre classe virtuelle ? Par expérience, ne lui en attribuez pas plus de deux car au-delà, cela est souvent illusoire.

    Et la seconde question, qui en est le corollaire :

  2. Comment allez-vous assurez tout ce que la classe virtuelle ne peut pas prendre en charge ? Des activités en amont de la classe (préparation, recherche, travail de groupe …) ? des activités en aval (production, composition, travail de groupes, évaluation …) ? Sur quel rythme et quel séquençage ?

Vous aurez besoin d’outils complémentaires, d’un LMS, d’espaces de dépôts de fichiers, de modalités d’échanges asynchrones, de remontées de scores, de suivi individuel… Mais vous serez sur la bonne voie : votre classe virtuelle sera introduite dans un dispositif construit et cohérent où elle pourra jouer pleinement sa fonction !     

Vous aurez besoin d’outils complémentaires, d’un LMS, d’espaces de dépôts de fichiers, de modalités d’échanges asynchrones, de remontées de scores, de suivi individuel… Mais vous serez sur la bonne voie : votre classe virtuelle sera introduite dans un dispositif construit et cohérent où elle pourra jouer pleinement sa fonction !     

Principe 2 : le scénario pédagogique d’une classe virtuelle doit être construit

Les outils de classe virtuelle sont aujourd’hui suffisamment perfectionnés pour permettre toutes sortes de déroulements pédagogiques. On peut y faire des exposés classiques (ce qui est le plus courant) mais aussi du brainstorming, des évaluations voire du travail de groupes …

La façon dont vous allez agencer ces différentes activités pédagogiques va rendre votre classe virtuelle plus ou moins efficace et en raccord avec les objectifs que vous vous étiez assignés pour elle lors de l’articulation de votre « dispositif ». Et cela ne s’improvise pas !

Il s’agit maintenant d’entrer au niveau du temps de classe lui-même et de le « scénariser » :

Les questions à vous poser pour construire le scénario de votre classe virtuelle

 

  • Quel type de pédagogie allez-vous privilégier ? Active ? Transmissive ? Collaborative ?
  • Quelles seront les activités à mettre en place pour le réaliser ?
    • Un temps de médiation sur les apprentissages de la phase précédente : comment l’articuler ? Avec quels supports ?
    • Un exposé : de quelle durée ? avec quel support ?
    • Un travail de groupes : quelles missions au sein de chaque groupe ? Quels supports fournir ? quelle restitution attendre ?
    • Un lancement pour une nouvelle période d’apprentissage individuel : quelle durée ? quelles consignes ? quels supports ?

En fait, votre classe virtuelle a besoin d’être millimétrée, comme le fil rouge d’une émission : un espace-temps global avec, à l’intérieur, des temps intermédiaires pour chaque activité retenue. Ce sera le « scénario pédagogique » de votre session.

Un scénario en trois temps

Et vous allez aussi vous rendre compte que ce scénario aura besoin de « déborder » hors du temps effectif de la session afin d’englober aussi :

  • Le temps « d’avant la session » : comment sont informés les apprenants de la tenue de la classe ? les informations de connexion ? l’ordre du jour de la rencontre ? les consignes de travail à réaliser avant la session ?
  • Le temps « d’après la session » : un compte-rendu ? un relevé de décisions ? des consignes ? des informations complémentaires ? un lien de re-visionnage ?

Votre scénario va comprendre ces trois temps :  l’avant, le pendant et l’après. Le temps du ‘pendant’ est certes le plus important et celui qui vous demandera le plus de travail. Mais les trois forment un tout indissociable et c’est de leur cohérence que naîtra une expérience pédagogique utile pour vos apprenants.    

Principe 3 : l’animation d’une classe virtuelle demande de nouvelles aptitudes

Nous savons tous assez bien gérer une classe : sentir les ambiances, les personnes influentes ou perturbatrices, quand changer d’activités, quand insister ou retarder un point de cours car ce n’est pas le bon moment, aborder le même point d’une autre façon … Mais qu’en est-il lorsque tout cela se passe en ligne ? que le contact visuel est amoindri ? que les gens vont couper leur micro ou leur vidéo ?  Qu’il y a des temps de latence entre vos questions et les réponses ?  Que savez-vous de ce que vos apprenants font réellement pendant vos interventions ?

Être si bien préparé que vous pourrez faire face à tout imprévu

En fait l’animation d’une classe virtuelle est difficile car il y aura toujours des éléments que vous ne maîtrisez pas.

Vous ne maîtrisez pas l’environnement physique de vos apprenants : celui-ci peut être bruyant et perturbant. Et vous êtes face à un dilemme car si vous leur demandez de couper leurs micros pour ne pas être pollué par leur environnement sonore, vous perdez du même coup le fragile lien que vous avez avec eux !   

Vous ne maitrisez pas la qualité de la connexion de vos apprenants ni la qualité de leur équipement. Vous aurez à gérer, en même temps, des tablettes dernier cri, des PC sans carte vidéo, des téléphones … Sur chaque environnement, l’affichage des commandes sera différent ! Et il est fort probable que vos différents supports ne s’affichent pas comme vous le souhaitiez lors de leur production, ce qui va vous obliger à trouver des solutions à l’impromptu : les fameux plans « B » voire plans « C » !

Vous ne maitrisez pas plus la littéracie digitale de vos apprenants, entre les agiles tout-terrain et les timorés, perdus par la moindre pop-up surgissante qui, avec leurs questions angoissées, vont plomber toute votre progression pédagogique et exploser le timing de votre scénario de cours.  

A ces difficultés qui interviennent hors du champ strictement pédagogique, s’ajoutent toutes les difficultés pédagogiques usuelles de vos apprenants : gérer une classe à distance, en tenant compte des visuels et des auditifs, des inductifs et des déductifs, des personnes en retard sur le niveau jusqu’à ceux qui sont largement en avance !!

Votre défi sera donc de faire face, en étant toujours prêts à improviser avec agilité mais sans rien perdre de vos objectifs initiaux !  Animer une classe virtuelle demande beaucoup d’humilité car tout peut arriver. Il faut savoir accueillir avec bienveillance ces aléas et improviser.  Et cette improvisation n’est pas possible sans une préparation ultra minutieuse !

Être si réceptif que vous percevrez vos apprenants (presque !) comme dans le réel 

En fait, bien animer une classe virtuelle peut être un exercice épuisant car il vous faut développer des antennes dont vous n’auriez pas eu besoin dans le face à face : avoir sans cesse en tête l’ensemble de votre auditoire pour percevoir ses intérêts, ses lassitudes ; relancer ceux qui n’interviennent jamais ; développer une écoute ++ pour bâtir sur les interventions des participants.  Alors vous vous servirez de tout ce que vous propose votre outil pour créer du rythme et impliquer les participants : les émoticons, les sondages, les tableaux blancs, les petits groupes. Cela demande une bonne dextérité technique mais aussi beaucoup d’empathie afin de percevoir sans cesse l’expérience que vivent vos apprenants.  

En conclusion, bien utiliser la classe virtuelle ne s’improvise pas en quelques heures !

J’espère que ces quelques principes-clefs issus de ma propre expérience vous auront aidé à comprendre les enjeux sous-jacents et à prendre un peu de hauteur sur la mise en place de bonnes classes virtuelles. Et qu’ils vous auront motivé à vous en servir encore plus mais mieux ! 

Peut-être vous auront-ils donné aussi l’envie d’approfondir et de creuser l’un ou l’autre des trois principes présentés qui gravitent tous autour de l’ingénierie de la formation digitale, de la pédagogie et de l’animation tutorale.

Vous aurez sans doute découvert que bien utiliser une classe virtuelle ne s’improvise pas : il y faut de la compétence, de la réflexion, de la rigueur et de l’expérience. Avoir une vision complète du dispositif dans lequel elle prend place, avoir de solides compétences en scénarisation pédagogique, être capable de transformer ses intuitions en supports médiatisés, connaître à fond les options techniques de l’outil, développer des antennes d’empathie et savoir improviser en toutes circonstances sans perdre de vue ses objectifs pédagogiques.

Dans ces conditions, la classe virtuelle sera un maillon essentiel de votre pédagogie en ligne.

Et si la classe virtuelle devenait votre porte d’entrée vers une refonte de vos pratiques de formateur et vers l’appropriation de nouvelles compétences ? La période est propice pour cette transformation et il existe plusieurs formations de qualité (en ligne bien sûr) pour vous aider à passer le cap. Profitez-en et devenez un professionnel de la formation digitale.

 

Article écrit par Anne-Marie Husson, ingenieur stratégie digital learning at Spi & Co

Crédits images ©unDraw

Pour en savoir plus n’hésitez pas à lire cet article Linkedin sur «  la formation, libérez les espaces avec le digital » de Eric Pereira, ingénieur conseil en formation digitale at Spi & Co

Offre formation 18h pour réussir vos classes virtuelles

Spi & Co vous propose une formation pour apprendre à scénariser et animer une activité de formation en classe virtuelle, à l’issue de celle-ci vous maitriserez les compétences suivantes :

Compétence 1

Réaliser un guide d’apprentissage en ligne pour aider les participants à s’approprier la classe virtuelle.

Compétence 2

Concevoir des supports d’animation avec une ergonomie favorisant l’expérience utilisateur.

Compétence 3

Construire un scénario pédagogique utilisant les différents objectifs d’enseignement de la taxonomie de Bloom.

Compétence 4

Maîtriser les techniques d’animation afin de maintenir la motivation et l’implication des apprenants.

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